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Occupy Montreal, 26 octobre 2011

Rappelons-nous du mouvement anti-mondialisation

Politique

Quelque part, la situation grècque, le Brexit et l’élection de Trump devraient être appréciés au regard du mouvement anti-mondialisation de la fin des années 1990 - début 2000.

Rappelons-nous de la mobilisation contre le GATT et l’OMC, contre l’Accord multilatéral sur l’investissement négocié en secret au sein de l’OCDE (1997), les manifestations Seattle (1999) et à Gêne (2001). Si dans certains cas la mobilisation citoyenne a forcé l’arrêt des négociations, comme dans le cas de l’AMI, dans bien d’autres cas, les traités furent signés et appliqués. Aujourd’hui bien des symbôles de la globalisation galopante sont battus en brèche: tandis que l’Europe est passée à deux doigts de l’implosion avec un Grexit raté mais un Brexit bien réel, le nouveau président Trump s’en prend indistinctement à l’ALÉNA et à l’Accord de partenariat transpacifique (aussi connu sous l’affectueux diminutif de TPP -Trans-pacific partnership).

The economy, stupid

James Carville, conseiller stratégique de Bill Clinton en 1992.

Mon fil de nouvelles Facebook, en la personne de Francis Gosselin, me pointe ce genre d’article: Stupid Economics, soulignant les errances, notamment en matière d’économie, de Trump. Et à grand renfort d’Adam Smith, de Keynes et de Samuelson de nous rappeler à quel point le libre-échange est mère de toutes les vertus et du bonheur universel (j’exagère à peine).

L’auteur de ce billet devrait commencer par se demander pourquoi tant de gens ont voté Trump, Brexit, Le Pen, Tsípras, etc. Et pourquoi cela continuera. En bout de ligne, les deux blocs, pro- et anti-mondialiste avaient vu juste: pour les pro-mondialisation, le libre-échange a effectivement eu des impacts économiques positifs (bien qu’inférieur aux attentes pour ce que je peux lire sur le sujet). Mais la libéralisation a également eu des impacts dévastateurs sur des secteurs économiques entiers, donnant raison aux antis.

Bien que certains pays aient réussi à sortir quelques lapins de leur chapeau, comme l’exception culturelle française ou la politique agricole commune, la majorité des pays se sont retrouvé incapables de protéger certaines industries ou même d’atténuer l’impact de la déréglementation et de la suppression des barrières tarifaires, le tout combiné à des crises intermittentes. Les millions de travailleurs qui se sont fait planter par des délocalisations n’ont pas besoin de lire un traité d’Adam Smith pour comprendre l’impact du libre-échange sur leur quotidien.

De la même manière, ça ne prend pas grande expertise économique pour relier le libre-échange à l’augmentation des inégalités: tandis que entreprises ont tiré profit des nouvelles règles (ou plutôt de la suppression de certaines règles) et furent ainsi en mesure de rémunérer leurs investisseurs, la majorité des travailleurs se sont retrouvés dans un scenario de mise en concurrence mondialisé favorisant la stagnation voir la baisse des salaires, réduisant presque à zéro le pouvoir de négociation des syndicats et systématisant la précarité pour certains types d’emplois.

Economists from Adam Smith to David Ricardo to Alfred Marshall to John Maynard Keynes to Milton Friedman to Paul Samuelson have all done their part to explain the marvelous gains from specialization, comparative advantage, and diversification – all arising from unencumbered trade.

Laurence Kotlikoff, Stupid Economics

Certains diront que c’est la nature des choses que les industries ou les personnes non adaptées finissent par disparaître ou devoir se reconvertir. Malheureusement, nous sommes encore en démocratie… ces personnes désormais inutiles votent et suivront quiconque prétendra les protéger et s’attaquant à la source de leur malheur, le libre-échange. Et notons bien que les annonces récentes de certains contructeurs automobiles de revoir à la hausse leur production aux États-Unis leur donne raison, même si en bout de ligne ça risque d’être une victoire à la Pyrrhus.

Alors il est toujours possible d’invoquer Ricardo et Friedman pour justifier la négociation en secret du Grand marché transatlantique et autres Accord transpacifique. Mais les temps qui courent laissent penser qu’il aurait mieux valu écouter le mouvement anti-mondialisation il y a une quinzaine d’années. L’idée n’est pas nécessairement de bloquer le processus de globalisation et de libre-échange mais plus d’accepter de prendre en compte les impacts probables et notamment de laisser une porte aux gouvernements pour atténuer les impacts. Évidemment, soumettre l’ensemble de ces démarches à un processus démocratique serait également une bonne habitude à prendre. À moins de souhaiter avoir plus de Donald Trump un peu partout.

Stéphane Guidoin est un amateur de chocolat qui s'essaie à l'occasion à une analyse du monde à travers la lentille des données et plus généralement des technologies, tout en essayant de demeurer fidèle à Descartes en faisant usage d'une bonne dose de doute.

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