Accueil

Villes intelligentes et porosité gouvernementale - Entretiens Jacques Cartier

Innovation & technologie, Politique

Hier j’ai eu le plaisir de participer à un panel sur les villes intelligentes dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier. Je manque un peu de temps pour discuter plus en profondeur sur les échanges que j’ai eu avec mes co-panélistes: Sylvie Daniel, Louise Guay et Jean-François Gauthier -j’aurais surement l’occaion d’y revenir. Mais je voulais au moins poster la présentation que j’ai donné (Formule Pecha Kucha)

Et le “script” (pour ceux qui préfèrent lire)

Chaque jour, j’ai les mains dans les données et mon regard se porte sur ma ville, Montréal. Et chaque jour je me demande comment ces données et mes sens peuvent se compléter

Aujourd’hui, je vais vous partager l’état de ma réflexion sur le sujet, quelques idées que je vais faire tourner autour du concept de porosité.

Quand on parle d’organisation gouvernementale, la meilleure analogie est souvent une boite noire.

Et ce qu’il y a de commun entre la plupart des (bons) projets de ville intelligente, c’est de créer des échanges, d’augmenter la porosité de la boite. Je vous invite à explorer quelques exemples de cette porosité véhiculée par les technologies.

Les hackathons sont ces événements où des gens se rassemblent pour résoudre des problèmes, souvent à l’aide de la technologie. Les hackathons sont souvent considérés pour leur résultats (des apps) mais c’est un leurre.

L’important c’est le processus: agile, dynamique, itératif. Mais le mieux, c’est lorsque des employés gouvernementaux viennent participer… et contaminent leurs organisations.

Comme ça se traduit? Par exemple la ville d’Ottawa ou le gouvernement fédéral organisent des événements de speed dating pour mettre en relation utilisateurs de données ouvertes et employés gouvernementaux.

Ou encore lorsque la ville d’Honolulu organise un Write-a-thon, un événement de co-rédaction où les citoyens participent à rédaction des fiches d’informations de la ville à l’attenion du publique pour qu’elles soient rédigées dans un langage accessible.

Poussé plus loin, ça donne lieu à des concours d’innovation. Le Défi Info-Neige de Montréal a mis à contribution les citoyens et développeurs pour injecter un peu plus d’amour dans relation amour-haine avec le déneigement.

En approvisionnement il est facile d’ajouter aux requis une contrainte qui va prendre une équipe de recherche pendant 5 ans, alors que parfois une patch de quelques heures ferait l’affaire.

Des villes comme Barcelone ou Philadelphie font donc des pilotes pour revoir leur approvisionnement pour favoriser la compréhension mutuelle des besoins plutôt que de concentrer sur les techniques (quand c’est possible).

Rio de Janeiro est réputée pour son centre de transport intelligent. Mais ce que j’aime le plus, c’est l’accord d’échange de données qu’ils ont avec Waze, une application de « crowdsourcing » des incidents sur la route. Ainsi la ville peut bénéficier de son propre système, mais aussi des millions d’yeux qui sont sur la route.

Porosité dans les processus de résolution de problème: La ville de Philadelphie participe à Fast-Fwd, un accelerateur d’innovations urbaines. Philadelphie y contribue en amenant du financement, des ressources humaines… et ses problèmes… Toute sorte de problème: logement, réinsertion des prisonier et j’en passe.

On parle aussi de processus de consultation en ligne qui utilisent l’interactivité pour rendre des problématique plus concrètes et pour attirer plus de monde.

Nord Ouvert fait des consultations budgétaires avec beaucoup de succès, et nous avons aussi collaboré avec le Living Lab sur des consultations en aménagement du territoire.

Enfin les technologies peuvent créer une relation parmi les citoyens. Par exemple l’outil 311 utilisé par New Haven permet aux autres citoyens de commenter ou répondre aux demandes. Pour un cas de chien abandonné, non seulement un citoyen est allé s’en occuper, mais cela a déclencher une discussion plus large.

Ça (re)créé un lien entre les citoyens… via la technologie.

Tout ces exemples pour quoi? Pour faire ressortir 4 modes d’interaction.

Le mode classique de communication où la technologie permet de personnaliser pour ne communiquer que l’information pertinente. C’est par exemple ce que vise le défi info-neige.

C’est la base nécessaire à l’engagement citoyen car ça fournit la compréhension de ce qui se passe autour d’eux.

Deuxième mode: l’écoute.

La technologie permet d’écouter plus de monde, plus efficacement. C’est ce que font les consultations ou les services 311 une fois en ligne.

Poussés à leur maximum, les deux modes précédents évoluent souvent en boucle de rétroaction.

On entre dans un échange constant entre gouvernement et citoyens.

C’est dans cette catégorie qu’on trouve les concours d’innovation, le speed dating, les hackathons, l’évolution des processus d’approvisionnement, ou encore l’intégration des données de Waze.

L’échange devient une hygiène de vie pour certains citoyens et pour les membres des administrations.

Enfin le dernier mode: le cercle vertueux.

L’administration devient un acteur important, mais parmi d’autres. Les citoyens, les entreprises peuvent entrer dans la boucle.

C’est ce que permettent les systèmes 311 comme celui de New Haven ou FastForward. Grâce aux échanges, le gouvernement n’est plus seul à supporter le poids de la résolution des problèmes

Pourquoi mettre la porosité et les échanges au centre des considérations?

Dans la ville intelligente, il est très facile de mettre en place des outils numériques et des métriques. Mais ces derniers peuvent autant créer des murs qu’ils n’ouvrent des portes. Et je dirais même que mettre des murs est souvent le plus simple.

Tout le monde est pour la vertu, tout le monde est d’accord pour mettre les humains au centre de la ville intelligente. Mais comment? J’ai montré des exemples positifs.

Cet article, People, not data, montre ce qu’il ne faut pas faire & comment les technologies peuvent servir à avilir les gens… surtout les plus vulnérables… même quand les intentions sont bonnes.

Il est facile de se cacher derrière son écran et se donner l’impression de comprendre la ville. J’y ai cru moi-même.

Mais si New York ou Boston ont réussi à progresser, c’est qu’ils ont su utiliser les données pour donner plus d’informations à leurs employés sans pour autant essayer de les controler plus. Ils leur ont donné du contexte pour agir plus librement.

Enfin, il faut être conscient que les données et les indicateurs sont aveugles à ce pour quoi ils n’ont pas été desginé. Surtout ils sont aveugles à ce que souhaitent les gens.

Le principal risque avec les approches orientées « performance » c’est de chercher à optimiser non pas ce que les gens veulent, mais ce qu’on les voit faire, parfois par dépit.

N’allez pas croire qu’il ne faut pas utiliser de données ou d’indicateur.Sinon, je viens de me mettre au chômage! Mais il faut comprendre le rôle de chacun.

Les métriques, les indicateurs, la performance, c’est le quantitatif, c’est le squelette que nous bâtissons

Le qualitatif, ce sont les opinions, les besoins, c’est ce qui est vivant, c’est ce qui fait la beauté de la ville et l’envie des gens d’en faire partie, d’en être les acteurs.

La porosité, c’est le caractère osmotique entre les deux, c’est ce qui permet d’avoir un tout qui se tient, des villes belles, des villes économiquement dynamiques, enrichissantes et durables.

Stéphane Guidoin est un amateur de chocolat qui s'essaie à l'occasion à une analyse du monde à travers la lentille des données et plus généralement des technologies, tout en essayant de demeurer fidèle à Descartes en faisant usage d'une bonne dose de doute.

Billet suivant

La ville paramétrique, proto ville intelligente