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Notre futur technologique - Introduction

Innovation & technologie

Cet article est le premier d’une série en 6 parties

Malgré plus de 5000 ans depuis le début de l’Antiquité, les standards de vie n’ont réellement évolués significativement que depuis 200 ans, correspondant à la première révolution industrielle. Cette dernière est d’ailleurs responsable de l’accroissement massif de la population occidentale puis mondiale. L’humanité est ce qu’elle maintenant grâce aux technologies, grâce aux machines. Depuis la fin du XVIIIème siècle, la technologie a fait espérer un avenir meilleur où les principaux maux seraient choses du passé. Espoirs déçus amenant la majorité de la population ne plus espèrer qu’un gizmo de plus ou de moins. Pourtant les avancées technologiques n’ont pas dit leur dernier mot: l’évolution des systèmes d’information, de la puissance de calcul ou encore de l’intelligence artifielle promettent des boulversements dans les décennies à venir et encore une fois, tout ne sera pas pour le meilleur.

Ce n’est pas dans une boule de cristal que ces effets sont visibles, mais dans les chiffres économiques actuels: malgré une reprise économique, faible mais indéniable, les chiffres de l’emploi demeurent mauvais. Si dans certains pays comme les États-Unis le taux de chômage diminue, c’est simplement que bien des personnes ont arrété de cherché, comme le montre le taux de participation des hommes en âge de travailler qui est chute libre, passant de 75% en 2000 à 69% en 2013! En parallèle les richesses générées par la reprise économique sont concentrées au sommet de la pyramide économique; le fameux 1% le plus riche. Cette inéquité grandissante est constatée et décriée partout, mais quelle est sa source?

Des auteurs comme Brynjolfsson et McAfee (The second machine age) ou encore Jaron Lanier (Who owns the future) n’hésitent pas à mettre en cause le développement technoloqiue et les modèles économiques qui en ont découlés depuis 15 ans. Et autant dire ce qui est: leur analyse semble valide et ne laisse pas augurer des lendemains qui chantent. À toutes fins pratiques, les technologies de l’information permettent de concentrer les richesses au détriment des travailleurs dans un remake moderne de l’analyse marxiste, matinée de mondialisation galopante; les perdants sont potentiellement très nombreux.

L’exemple désormais convenu sur le sujet est Instagram: 13 personnes, 30 millions d’utilisateurs, acheté 1 milliards de dollars par Facebook. Quelques mois plus tard Kodak, employant à son apogée 60,000 personnes rien qu’à Rochester, mettait la clé sous la porte. La comparaison est a priori bancale, pourtant elle est pire qu’elle en a l’air: désormais 13 personnes peuvent proposer un service d’envergure mondiale. Alors qu’il n’y a que 10 ans, il aurait fallu à Instagram des quantités monstrueuses de ressources pour avoir une infrastructure logicielle et matérielle adéquate maintenant tout est disponible; les serveurs se déploient tout seuls en fonction de la demande. Non seulement il n’est plus nécessaire de passer par des humains pour produire des pellicules et tirer les photos sur papier, mais à peine est-il nécessaire d’en avoir pour faire fonctionner les infrastructure technologiques. Et ce n’est pas limité à la photographie.

L’autre phénomène en jeu avec Instagram, c’est ce que Lanier appelle les serveurs sirènes. L’analogie vient des sirènes homériques qui attirent tout à elles. Internet a été développé pour être décentralisé. Pourtant l’utilisation du Web se polarise de plus en plus vers des noeuds quasi-incontournables, points de passage obligés, les sirènes du net. Comme la majorité des services en ligne sont gratuits, l’important c’est la concentration des utilisateurs et de leurs informations personnelles. Ainsi, le but est devenir un incontournable, augmenter à tout prix la fréquentation. Lapalissade? Ce sont nos contributions qui font la richesse des Facebook et des Google de ce monde. Google ne serait rien sans “nos” nombreuses (et gratuites) contributions en ligne. De même pour Facebook qui profite d’un puissant effet de réseau grâce à nos états d’âme. Pire: nous entrons volontairement dans un système qui finalement prend en otage nos relations sociales, nos données et les valorisent à leurs propres fins, souvent pour nous manipuler. Pour la majorité des participants, sortir du système tient du seppuku social. Jamais n’a-t-on vu nos relations humaines ainsi prises en otage pour les bénéfices économiques d’autres personnes.

Outre que nous nous retrouvons ainsi dans une prison dorée, ce mode de fonctionnement se traduit par un fonctionnement problématique souvent défini comme Winner-take-all. À cause de l’effet de réseau, l’acteur dominant rafle une quantité disproportionnée des bénéfices. La situation de second devient devient quasiment invivable économiquement. La conséquence macro-économique est celle énoncée au début de l’article: une concentration des revenus chez les quelques vainqueurs, couplée à une baisse générale (ou au mieux une stagnation) de l’emploi chez les travailleurs. Comme l’aurait dit Marx, les technologies permettent de substituer le travail par le capital.

Le prochain billet essaiera d’expliquer pourquoi les technologies numériques sont plus destructrices que les précédentes et pourquoi ça ne va surement pas s’améliorer.

Your lack of privacy is someone else’s wealth

Jaron Lanier, Who owns the future

Stéphane Guidoin est un amateur de chocolat qui s'essaie à l'occasion à une analyse du monde à travers la lentille des données et plus généralement des technologies, tout en essayant de demeurer fidèle à Descartes en faisant usage d'une bonne dose de doute.

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Précis de visualisation de données: Google Fusion Tables et CartoDB